Amartya Sen
The Argumentative Indian: Writings on Indian Culture, History and Identity (2000-2004), Penguin Books, 2005
Par Anton Dertovk, 2006
Attention, pour que cette page soit aboutie il faudrait encore donner plus de détails sur le propos de Sen, au lieu de se contenter de donner son avis. Considérez donc que l'état de la page actuelle n'est que provisoire.
The Argumentative Indian est un recueil de 16 articles écrits entre 2000 et 2004, ayant tous traits à l'Inde - son histoire, sa complexité, sa richesse culturelle -, que Sen a eu la politesse de retravailler un peu à l'occasion de cette édition de manière à éviter certaines répétitions, bien que l'objectif ait été imparfaitement atteint. C'est aussi l'occasion pour Sen de revenir sur les thèmes majeurs qui ont fait sa réputation : inégalités de genre, pauvreté et faim, démocratisme.
Sen, en indien professant en "Occident", tend à montrer que l'Orient est une invention des pays de l'Ouest et que les soi-disant civilisations sont tellement entremêlées que les juxtapositions culturalistes ne peuvent être que des grossières simplifications.
En agnostique, il essaye de défaire le mythe de la spiritualité indienne opposée au rationalisme individualiste occidental, en rappelant la présence dans la tradition indienne d'auteurs sceptiques et/ou rationalistes, voire du scepticisme au cœur des textes fondamentaux de l'hindouisme, comme il le montre avec le Ramayana et la Mahabharata (au sein duquel se trouve la fameuse Bhagavad Gita) qui sont l'Iliade et l'Odyssée des hindous.
En démocrate, il dénonce la politique (entre 1996 et 2004) du BJP, sorte d'alliance de nationalistes et de fondamentalistes indiens qui revendiquent le caractère hindou (et anti-musulman) de l'Inde (qui est pourtant un pays laïc), qui ont apporté au pays la bombe atomique et une guerre contre le Pakistan en 2002, qui n'hésitent pas à falsifier les livres d'histoire officiels pour créer une mythologie hindoue, qui fomentent la haine et le repli sur soi[1].
En économiste-moraliste rawlsien, il décline ses thèmes majeurs (inégalités, famine, classes et pauvreté, éducation, démocratie) à l'illustration de la situation indienne. Il y estompe peut-être trop le caractère religieux de ces phénomènes en Inde, et s'il ne rejette pas l'ouverture au libre-échange qu'a apporté le ministre de l'économie, Rao, en 1994, ses appels à la démocratie et au financement de l'éducation publique (malgré les pratiques scandaleuses qui enfoncent encore plus l'enseignement public en Inde) relèvent à mon avis de la bien-pensance naïve des auteurs socialisants humanistes, demi-libéraux (ou libéraux de gauche) qui, tout en acceptant les indéniables bienfaits de l'économie de marché, sont arrêtés par des restes de visions idéalistes (humanistes) qui les font basculer dans le socialisme facile du yakafaukon.
Intéressant, au final, surtout pour les enseignements sur l'histoire de l'Inde, mais une analyse très biaisée par la volonté de démonstration, qui nuit à l'analyse rigoureuse et neutre de son sujet.