Platon, Criton

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Platon
Titre : Criton [ou du Devoir]
Première publication : IVème siècle avant JC
Edition utilisée : Encéphi
Traduit par Inconnu
Publié ici : 50d - 51c

Résumé

Prologue (43 a - 44 b)
C'est demain que Socrate doit mourir. Le rêve.
I — La solution proposée par Criton : l'évasion (44 b - 46 a)
1. Les raisons de fuir
a. C'est un ami incomparable
b. On ne doit pas préférer l'argent à ses amis <en conformité avec l'opinion du plus grand nombre>
2. Les arguments en faveur de la fuite
a. Les fidèles de Socrate sont prêts à lui faire don de leur fortune, et ils sont nombreux
b. À l'étranger, l'estime où on le tient lui assure un asile
c. Son salut ne dépend que de lui
d. Ne pas faire de ses enfants des orphelins
e. Ne pas faire encourir le blâme à ses amis
II — Le refus de Socrate (46 b - 50 a)
1. S'en tenir au même principe (46 b-c)
Ne se laisser persuader que par la raison qui apparaîtra la meilleure.
2. Valeur du jugement des hommes (46 d - 48 e)
Ne pas se soucier du nombre mais de la compétence. Il ne faut donc pas se régler sur l'opinion de la foule mais sur le jugement de celui qui « s'y connaît » en matière de justice et d'injustice. L'évasion de Socrate est-elle juste ou injuste, telle est en effet la seule question à se poser.
3. Ne jamais faire le mal volontairement. C'est-à-dire :
a. Agir injustement
b. Répondre à l'injustice par l'injustice
c. Rendre le mal pour le mal (49 a-d)
d. Question : la fuite de Socrate = faire le mal volontairement ?
Selon la réponse à cette question, Socrate prendra, ou ne prendra pas, la fuite. (49 e)
III — La « Prosopopée des Lois » (50 a - 54 d)
Épilogue (54 d-e)
Socrate attendra la mort en sa prison.

La « Prosopopée des Lois »

[50d] - Socrate [faisant parler les Lois] « "Quel sujet de plainte as-tu contre nous et contre la République pour entreprendre ainsi de nous renverser [en t'enfuyant] ? Et d'abord, n'est-ce pas nous qui t'avons donné la vie ? N'est-ce pas nous qui avons présidé à l'union de ton père et de ta mère, ainsi qu'à ta naissance ? Déclare-le hautement : as-tu à te plaindre de celles d'entre-nous qui règlent les mariages et les trouves-tu mauvaises ? (...) Est-ce de celles qui déterminent la nourriture de l'enfant et l'éducation selon laquelle tu as été élevé toi-même ? Celles qui ont été instituées pour cet objet n'ont-elles pas bien fait d'ordonner à ton père de t'élever dans les exercices de la musique et de la gymnastique ?"
- Socrate : Très bien, répondrais-je.
- [les Lois] : "A la bonne heure. Mais, puisque c'est à nous que tu dois ta naissance, ta nourriture et ton éducation, peux-tu nier que tu sois notre enfant, notre esclave même, toi et tes ancêtres ? Et s'il en est ainsi, crois-tu que tu aies contre nous les mêmes droits que nous avons contre toi, et que tout ce que nous pourrions entreprendre contre toi, tu puisses à ton tour l'entreprendre justement contre nous ? Eh quoi ! tandis qu'à l'égard d'un père ou d'un maître, si tu en avais un, tu n'aurais pas des droits égaux, comme de leur rendre injures pour injures, coups pour coups, ni rien de semblable, tu aurais tous ces droits envers les lois et la patrie, en sorte que si nous avons prononcé ta mort, croyant qu'elle est juste, tu entreprendras à ton tour de nous détruire, nous qui sommes les Lois, et la patrie avec nous, autant qu'il est en toi, et tu diras que tu es en droit d'agir ainsi, toi qui te consacres en réalité au culte de la vertu ? Ta sagesse va-t-elle jusqu'à ignorer que la patrie est, aux yeux des dieux et des hommes sensés, quelque chose de plus cher, plus respectable, plus auguste et plus saint qu'une mère, un père et tous les aïeux ? qu'il faut avoir pour la patrie, même irritée, plus de respect, de soumission et d'égard, que pour un père ? qu'il faut l'adoucir par la persuasion ou faire tout ce qu'elle ordonne, et souffrir sans murmure ce qu'elle commande, soit qu'elle nous condamne aux verges ou aux fers, soit qu'elle nous envoie à la guerre pour être blessés et tués ? que notre devoir est de lui obéir, que la justice le veut ainsi, qu'il ne faut jamais ni reculer, ni lâcher pied, ni quitter son poste ? que dans les combats, devant les tribunaux et partout, il faut faire ce qu'ordonnent l'État et la patrie, ou employer les moyens de persuasion que la justice avoue ? qu'enfin, si c'est une impiété de faire violence à son père ou à sa mère, c'est une impiété bien plus grande encore de faire violence à sa patrie ?"
Socrate : Que répondrons-nous à cela, Criton ? Reconnaîtrons-nous que les lois disent la vérité, ou non ?
- Criton : Il me semble qu'elles disent la vérité.