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| Recension de La Société ouverte et ses nouveaux ennemis |
| 24.05.2009 |
| Publication d'un entretien exclusif avec Alain Laurent sur Catallaxia.net |
Un « ensemble récent et convergent de faits » amène à penser Alain Laurent que la République française (et au delà, l'Europe et l'Occident) est « confrontée à de graves problèmes en relation avec l'implantation d'un islam conquérant (...) [ainsi qu']une immigration extra-occidentale de masse et de peuplement en partie ni économiquement ni culturellement intégrée [...] qui mettent en cause son genre de vie et sa civilisation » (pp.9-10). Or, cette prise de conscience collective est rendue improbable par le « politiquement correct » qui règne dans les sociétés occidentales, et est minée par le fait que les islamophiles et immigrationnistes se servent des valeurs de la société ouverte pour les retourner contre elle, ce qui n'est pas sans poser la question des limites de cette ouverture et la nécessité de rappeler ses « principes régulateurs cardinaux » (p.11). Ainsi, après avoir replacé la notion de société ouverte dans sa généalogie poppero-hayekienne[1], faut-il désormais voir quel visage les ennemis de la société ouverte ont-ils pris depuis la chute des régimes nazis et soviétiques : celui de l'« alterculturel », rendu paradoxalement possible par les succès de la globalisalisation qui met aujourd'hui en « contact des cultures autrefois distantes ou fermées sur elles-mêmes » (p.16). Se côtoient en effet, désormais intimement, des cultures à forte tradition patriarcale, communautaire, théocratique et la modernité détribalisée, égalitaire, sécularisée, privatisée (...) propres à un état de droit démocratique fondé sur la responsabilité individuelle, l'égalité des sexes, la libre parole et la neutralité confessionnelle de la sphère publique institutionnelle » (Id.) qui caractérise les sociétés ouvertes.
Après avoir marqué que les islamistes radicaux et les immigrés extra-européens non intégrables, ici englobés dans la catégorie des nouveaux ennemis de la société ouverte, ne recouvrent qu'une partie des musulmans et immigrés (p.17), puis s'être placé dans la lignée de penseurs qui ont eu l'audace de « critiquer l'idéologie de désinformation et de travestissement » (p.18) en défendant, explicitement pour la plupart, la notion de société ouverte en tant que telle (p.19) - et parmi eux la figure tutélaire de Jean-François Revel (p.20) -, A. Laurent pose alors les thèmes qui jalonneront la discussion : lutte contre les « pseudos-entités holistes » communautaristes pensées de manière déterministe, lutte contre les faux "droits à" qui pervertissent l'idée d'Etat de droit, défense d'une méta-culture individualiste qui permet de subsumer de groupes d'ordres différents (religieux, nationaux) sans en essentialiser aucun ni de sombrer dans le multiculturalisme relativiste, et enfin lignes de choc autant en un front islam vs Occident qu'entre partisans d'un monde libre et leurs adversaires (front qui déborde toutes les lignes géographiques) au sein de ce dernier.
Contrairement au « discours convenu tenu en France », A. Laurent constate que les « ratés » de « l'immigration de masse et de peuplement d'origine extra-européenne » (p.25) se manifestent dans tout l'Occident « par une très sensible sur-représentation de [ces] populations (...) dans la délinquance de droit commun, la clientèle de l'aide sociale, le chômage durable, tandis qu'une partie de cette population tend à se refermer sur des identités culturelles communautaires nourries de traditions opposées à ce que postule l'insertion réussie dans une société ouverte, pratique une solidarité ethno-religieuse avec les pays ou des groupes de l'aire d'origine (y compris dans le cas du terrorisme), virant éventuellement à l'hostilité envers le pays de résidence[, quand] dans le même temps (...) un afflux toujours croissant de migrants, souvent irréguliers (...) pousse [les pays d'accueil] sans exception, sous la pression d'une opinion publique majoritairement inquiète, à adopter des mesures sélectives (pour l'entrée) et contraignantes (pour l'intégration) » (p.26). Et ce indépendamment du fait que ces pays aient un passé colonial ou non (p.42), « un lourd chômage chronique ou soient proches du plein emploi, qu'ils aient un État-providence hypertrophié et attractif ou non, qu'ils soient à tradition assimilatrice, universaliste ou au contraire multiculturaliste et communautariste [... ,] quelle que soit la coloration des majorités politiques au pouvoir. » (Id.).
Ainsi du Danemark introduisant en 2001 des quotas d'entrée et imposant des tests linguistiques et culturels aux candidats à l'immigration (idem en Suède), qui sera touché de plein fouet par l'affaire des caricatures de Mahomet en 2005, tentatives d'attentats et violentes émeutes (p.26-27). De l'Allemagne qui, outre les tests de connaissance en langue et sur la connaissance des valeurs constitutionnelles, relève à 21 ans l'age limite pour que les conjoints puissent bénéficier du regroupement familial afin de lutter contre l'« import » de fiancées vendues et Turquie et maintenues cloitrées dans le pays, interdit la burqa et le port du voile à l'école, renforce les peines pour les délinquants mineurs où les jeunes d'origine immigrée sont surreprésentés, et découvre - via deux sondages - que 50% des turques font « attention à ne pas devenir allemand » (p.28), alors que sept conspirations islamistes sont déjouées entre 2001 et 2008. De l'Irlande qui durcit les conditions de naturalisation et d'asile depuis 2000 pour endiguer les abus et détournements, après avoir accueilli de nombreux travailleurs étrangers (p.30). De la Suisse, qui pratique l'immigration choisie (Id.). De l'Espagne qui, passant de 800 000 à 4,2 millions d'immigrés, est submergée par l'appel d'air produit par les naturalisations massives de 2005, a connu des attentats à Madrid en 2004 et voit l'opinion publique pousser les socialistes à durcir conditions d'accès à la nationalité autant que le contrôle de sa frontière méditerranéenne (p.31) ; situation quasi identique en Italie (p.32).
Plus symptomatique le cas des pays traditionnellement multiculturalistes comme les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Amérique du Nord ou l'Australie. Les premiers révisent leur modèle quand le hiatus entre autochtones et nouveaux arrivants, reclus dans des ghettos volontaires, se fait jour suite à des émeutes et injures homophobes, conduisant à des réductions du droit d'asile, conditions financières pour le regroupement familial, interdiction de la burqa (suppression des allocations familiales pour les récalcitrantes) et tests préalables à l'entrée (pp.32-35). L'Angleterre secouée par deux attentats et une tentative déjouée "découvre" l'existence du Londonistan où tous les extrémistes usent pleinement du free speech pour incriminer les valeurs « décadentes » de la société et réclamer que la charia « obtienne le statut de loi pour la communauté musulmane » — s'ensuit durcissements des conditions d'arrivés de migrants et expulsions de clandestins, tests ADN massifs, interdiction du niqab à l'école, et création d'une carte d'identité culturellement inédite dans le pays, pour lutter contre une immigration devenue le problème n°1 des anglais selon les sondages (pp.35-37). Au Canada, lorsque les intégristes demandent l'application obligatoire de la charia pour la communauté musulmane, un vent de contestation vient remettre en cause les projets de légalisation de la polygamie et plus généralement d'« accommodements raisonnables » avec les musulmans dans les écoles. (pp.38-39). En Australie, après des tensions intercommunautaires, et sur fond d'abus du droit d'asile et du regroupement familial, et arrivée massive de clandestin, le pays met en place le même arsenal de durcissement que dans d'autres pays, en même temps que l'association musulmane libanaise demande aux imams auteurs d'« imprécations anti-occidentales incendiaires » de « se taire ou repartir ». (p.40). Aux USA le schéma est plus atypique : dans ce pays non-sécularisé « tant l'administration [Bush] que l'opinion américaines se sont retrouvés du côté des traditionalistes musulmans contre l'Europe laïcisée » (p.41), alors que la cristallisation identitaire se fixe sur l'arrivée des Latinos pourtant intégrés et trouvant facilement du travail... (Id.)
Tout ceci montre bien qu'afflux migratoires massifs et existence en leur sein de communautés islamisées, menace leur nature même de société ouverte. (p.43)
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