Karl Polanyi

Karl Polanyi.gif
Dates : 1886 - 1964
Courant de pensée : Christianisme, Socialisme
Idées remarquables : Encastrement de l'économique et du social (substantivisme), critique de l'idée de marché autorégulé et de l'aspect « naturel » du paradigme de la société de marché
Influencé par : Thorstein Veblen, John Rogers Commons (institutionnalisme) ; Bronisław Malinowski, Richard C. Thurnwald ; Carl Menger, Karl Marx (lecture critique)
Bibliographie de Karl Polanyi
Littérature secondaire sur Karl Polanyi

Karl Polanyi (1886-1964, Polányi Károly de son nom hongrois) est un économiste d'origine hongroise, socialiste influencé par le marxisme et connu pour son ouvrage La Grande transformation.

Sommaire

Biographie

Karl Polanyi est le frère du chimiste et philosophe aux idées opposées, Michael Polanyi. Il naît à Vienne en 1886 mais est élevé à Budapest au sein de la bourgeoisie austro-hongroise.

Alors qu'il est étudiant à l'université de Budapest, il fonde le Club Galilei, un cercle de radicaux « éclairés » et fréquente Georg Lukacs, Oscar Jászi et Karl Mannheim. Il est diplômé en philosophie en 1908 et en droit en 1912. En 1914, il participe à la création du parti radical hongrois et en devient secrétaire.

Polanyi sert en tant qu'officier dans la cavalerie austro-hongroise pendant la Première Guerre mondiale, mais est démobilisé pour incapacité après être arrivé sur le front russe. Après la guerre, il retourne à Budapest et reprend l'activisme politique. Polanyi soutient le gouvernement républicain de Mihály Károlyi et son régime social-démocrate. La république est de courte durée et, quand Béla Kun renverse le gouvernement Károlyi et crée la République des Conseils, Polanyi est forcé d'émigrer à Vienne en 1919.[1].

De 1924 à 1933, il travaille en tant que journaliste économique et politique entre autre pour le prestigieux Oesterreichische Volkswirt. C'est à cette période qu'il devient économiste. Il organise un séminaire de réflexion sur l'économie socialiste, qui l'amène à polémiquer avec l'économiste Ludwig von Mises, l'un des chefs de file de l'école autrichienne d'économie. Pour ce dernier, l'économie socialiste, centralisée et planifiée, n'est pas viable car en faisant disparaître le mécanisme des prix, qui donne une information sur la rareté, elle rend impossible le calcul économique. Polanyi propose une forme d'économie décentralisée s'appuyant sur des associations coopératives de producteurs et de consommateurs, où les critères d'efficacité économique sont tempérés par des choix sociaux librement déterminés par les associations.

En 1933 suite à l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne et son influence en Autriche, Polanyi quitte Vienne pour Londres. Il y travaille comme enseignant pour adultes et se lie avec la Christian Left, renouant ainsi avec un certain marxisme.

En 1940 lors d’un voyage aux États-Unis, il accepta l’offre du Bennington College dans le Vermont où il enseignera l’économie politique et débutera la rédaction de son principal ouvrage.

La Grande transformation (1944) : son ouvrage phare

Il s'est distingué, notamment avec son ouvrage The Great Transformation - La Grande transformation, par une étude socio-historique de l'économie des puissances en équilibre à la veille et au cours de la Seconde Guerre mondiale. La grande transformation est une étude complète de l'histoire du capitalisme, du XVIIIe siècle jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Cet ouvrage décrit les rouages économiques des sociétés industrielles, depuis les prémices des Révolutions industrielles anglo-saxonnes, en réaction au courant de l'école classique (Adam Smith, David Ricardo, Jean-Baptiste Say, ...). Polanyi renouvelle l'approche économique par une réflexion qui sera qualifiée de substantiviste, où il prône l'encastrement de l'économie dans la société.

Selon Karl Polanyi, c'est le « désencastrement » de l'économie qui a permis l'émergence du fascisme et du nazisme. En effet, selon lui, la révolution industrielle n'a pas été causée par des innovations techniques (machine à vapeur) mais plutôt sociales : le marché autorégulé s'est progressivement introduit dans les éléments de la société qui étaient jusqu'ici protégés : la nature. C’est-à-dire la terre, le travail, qui font partie intégrante de l'homme ; et la monnaie, qui est avant tout une construction sociale.

Ces trois éléments constituent des marchandises fictives : ce ne sont pas des marchandises dans la mesure où une marchandise se définit comme quelque chose qui est produit en vue d'être vendu sur un marché, ce qui n'est pas le cas de ces trois éléments. Or, cette dérégulation est pour Karl Polanyi utopique (« Entreprise utopique par laquelle le libéralisme économique a voulu créer un système de marché autorégulateur »), le coût social étant trop important : la société réagit de fait en protégeant ses membres, ce qui entre en contradiction avec le marché autorégulé. Les aboutissements de cette contradiction sont la montée des protections sociales et inter-étatiques (protectionnisme), la crise des années trente, avec l'effondrement des systèmes monétaires, qui laisse place au nazisme et fascisme.

Cet ouvrage lui valu d'être nommé à l'université de Columbia, qu’il quitta en 1953 pour Toronto où il continua son travail jusqu'à sa mort en 1964.

Influence de l'œuvre

Auteur inclassable (ce qui entraine inévitablement une méconnaissance à cause de la catégorisation de l'enseignement), il a mené un travail pluridisciplinaire : philosophie, science politique, histoire, anthropologie et économie s'y côtoient et s'y complètent.

Un institut éponyme a été fondé en 1987 à Montréal et entend encourager cette approche non académique du monde et de ses mécanismes.

Bibliographie sélective

  • 1922., « La comptabilité socialiste », , dans Essais, pp. 283-316[2]
  • 1935., « L’essence du fascisme », dans Essais, pp. 369-398
  • 1947., « La mentalité de marché est obsolète ! », dans Essais, pp. 505-520
  • 1957., Trade and Market in the Early Empires. Economies in History and Theory (1957)
Traduction française : Commerce et marché au temps des premiers empires (= Les systèmes économiques dans l'histoire et dans la théorie, trad. de Claude et Anne Rivière, Larousse/Sciences humaines et sociales, 1975, 348p.)
  • 1958. [3]"Carl Menger's two meanings of 'economic'", dans George Dalton (dir.), (1971, posthume) Studies in Economic Anthropology, Washington, American Anthropological Association, pp. 16-24
  • 1960.[3], The Livelihood of Man, posth., 1977
  • 1966., Dahomey and the Slave Trade: An Analysis of an Archaic Economy (posth.)

Littérature secondaire

  • "L'économique en question - la position de Karl Polanyi", Gérald Berthoud, Bulletin du MAUSS, 18, ancienne série, p. 53-105 et "Homo-polanyiensis - Dichotomie ou totalité ?", Bulletin du MAUSS, 19, ancienne série, p. 115-139, 1986.
  • La modernité de Karl Polanyi, Jérôme Maucourant, Jean-Michel Servet & André Tiran, 1998. (L'Harmattan, Collection Logiques Sociales)
  • L’institution monétaire de la société selon Karl Polanyi, Jean-Michel Servet, Revue Economique (44), 6, Novembre 1993, p.1127-1149.
  • Jérôme Maucourant, Avez-vous lu Polanyi ?, Paris, La Dispute, 2005.

Lien externe

Notes et références

  1. A vérifier vu que Mises est supposé avoir négocié avec Polanyi comme envoyé du gouvernement de Béla Kun pendant l'entre-deux guerres (N. d. Wikipedia)
  2. Essais (1920-1966), Seuil/Économie humaine, 2008
  3. 3,0 3,1 Date de rédaction estimée par les éditeurs


Wikipedia-petit.gif Cet article provient à 85% de Wikipedia [23.07.2008 à 02h30].

Contenu diffusé sous licence GNU/GPL v.1.2