Débat sur le calcul économique dans un régime socialiste

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Bibliographie sur le débat sur le calcul économique dans un régime socialiste

Sommaire

Contexte historique

Les précurseurs libéraux

Turgot déclare que la vie économique doit être laissée « au cours de la nature... sans prétendre la diriger » :

parce que, pour le diriger sans le déranger et sans nuire à soi-même, il faudrait pouvoir suivre toutes les variations des besoins, des intérêts, de l'industrie des hommes ; il faudrait connaître dans un détail qu'il est physiquement impossible de se procurer, et sur lequel le gouvernement le plus habile, le plus actif, le plus détailleur, risquera toujours de se tromper au moins de la moitié…Si l'on avait sur tous ces détails cette multitude de connaissances qu'il est impossible de rassembler, le résultat en serait de laisser aller les choses précisément comme elles vont toutes seules, par la seule action des intérêts des hommes qu'anime la balance d'une concurrence libre. (Lettre à l'Abbé Terray sur la marque des fers, 24 décembre 1773)

Ce texte représente quasiment un condensé de l'argument de Hayek sur l'impossibilité de tout calcul économique dans un système économique socialiste.

Un problème fondamental pour l'école autrichienne

Bien avant Mises, les critiques faites par Böhm-Bawerk (1896) et Bortkiewicz (en)[1] à Marx lançaient la première salve contre l'économie socialiste. En outre, le problème de l'"attribution" des ressources en régime planifié occupaient déjà Menger et Wieser.

Ludwig von Mises : années 20

D'après Hayek[2], c'est un livre d'Otto Neurath (en) qui aurait poussé Mises à lancer le débat sur le calcul socialiste : persuadé qu'il fallait continuer la planification totale de la société mise en place durant la Première Guerre Mondiale, Neurath pensait que dans ce système la monnaie n'était pas indispensable, les dirigeants guidant la production grâce à des statistiques et selon un schéma inspiré des sciences physiques (scientisme, positivisme logique)[3] Mises répondit avec un article, "Le calcul économique dans une économie socialiste", publié en 1920, suivi deux ans après par son Socialisme .

Friedrich Hayek : 1935-1940

Dans les années 1920 et 1930, des articles apparurent dans les journaux économiques anglophones, arguant qu'un calcul rationnel était, au moins théoriquement, possible en régime socialiste, avec à son sommet, en 1933, la "Price Formation in a Socialist Economy" de H.D. Dickinson qui pensait qu'un procédé d'essais et d'erreurs permettrait de remplacer le marché. L'idée suivait celle de Enrico Barone (en), lui-même se basant sur l'idée de l'école de Lausanne (Walras, Pareto) croyant que l'économie est formalisable en un système d'équation complexe.

En 1935, Hayek édita Collectivist Economic Planning : Critical Studies of the Possibility of Socialism dans lequel, outre deux textes hayekiens ("Socialist calculation I: The Nature and History of the Problem" et "Socialist Calculation II: The Present State of the Debate"[4] se retrouve l’article de Mises datant de 1920, ainsi que "The problem of Value in the Socialist Community" (1907) de N.G. Pierson .

La même année, Boris Brutzkus, un économiste russe, publiant Economic Planning in Soviet Russia, vint en quelque sorte confirmer de l’intérieur ce que disaient Mises et Hayek depuis le monde anglo-saxon ; si bien qu'après avoir écrit une préface à son livre, Hayek le citera souvent à l’appui dans "Socialist Calculation III: The Competitive 'Solution'" (1940).

  • Opposants : Oskar Lange (en).
  • Michael Polanyi, avec sa Logique de la liberté, n'est pas loin de l'argumentation de Hayek, à qui il reprochera cependant d'avoir, dans La Route de la servitude, en critiquant le socialisme d'un point de vue moral, occulté son impossibilité pratique. Remarque peu justifiée, puisque hayek opère sur les deux niveaux : la planification (problème de l'imputation) est impossible, et même si cela était le cas, elle serait de plus, nécessairement "injuste" et immorale.

Après l'effondrement de l'Empire Soviétique

« Avec l'effondrement de l'empire soviétique, l'affirmation de Ludwig von Mises que le socialisme en tant que système économique est impossible a trouvé en quelque sorte une confirmation empirique. Les économistes autrichiens ne partagent cependant pas une interprétation commune de cette question[,] certains d'entre eux [pensant] que l'impossibilité du socialisme est issue de son incapacité à communiquer les connaissances dispersées, [quand les autres] considèrent que ce problème de la connaissance est secondaire, le point saillant [étant], selon eux, la présence ou pas de propriété privée. » (Jörg Guido Hülsmann)

Réfutations a priori du socialisme

Dans Le socialisme, Mises démontre que là où il n’y a pas de marché, il ne peut pas se former de prix et donc le calcul économique est impossible. Pour le théoricien socialiste avec sa théorie de la valeur-travail, la question est simple. Or le calcul en travail ne tient pas compte de l’importance plus ou moins grande de la matière première dans la fabrication. Il ne tient pas compte non plus des différentes qualités du travail. De toute façon, la valeur d’échange ne découle pas du travail. C’est donc prouver que le socialisme n’est pas réalisable.

Dans le bolchevisme russe, un système de prix a dû être établi pour faire fonctionner le plan quinquennal. Sans la base de calcul que le capitalisme met à la disposition du socialisme sous forme des prix du marché, la direction socialiste de l’économie serait impraticable. Certains socialistes évoquent l’idée de la création d’un marché artificiel des moyens de production mais les prix et les salaires résultent du désir des chefs d’entreprise et des capitalistes de gagner le plus d’argent possible en satisfaisant les vœux des consommateurs. C’est la perspective du gain qui guide la production sur ces voies où elle cherche à répondre le mieux, et aux moindres frais, aux besoins des consommateurs. Le marché ne peut donc être imité artificiellement. Dans un monde en changement, il faut amener du capital dans certaines branches en le retirant d’autres branches, et ce sont les capitalistes qui s’en chargent. La spéculation joue ainsi un rôle que les socialistes refusent de voir. Le capitaliste décide à qui il veut confier son capital. Il ne suffit pas donc pas d’assurer l’autonomie des directeurs d'entreprises pour créer un marché.

Comme il le notait déjà dans son article "Le calcul économique dans une économie socialiste" (1920) :

« Elle (la collectivité socialiste) sait exactement - ou elle croit savoir - quels buts elle doit s'efforcer d'atteindre en dirigeant l'économie ; elle doit agir en conséquence, c'est-à-dire atteindre ce but en engageant le minimum de frais. Pour découvrir quelle est la voie la moins coûteuse, il lui faut faire un calcul. Or ce calcul ne peut être naturellement qu'un calcul en termes de valeur. Dans le régime économique fondé sur la propriété privée des moyens de production, ce sont tous les membres de la société qui font en toute indépendance ce calcul en termes de valeur. Dans la collectivité socialiste où toutes les modifications économiques se transforment ainsi en une entreprise dont il est impossible d'apprécier à l'avance ou d'établir plus tard rétrospectivement le résultat, on ne fait que tâtonner dans les ténèbres. Le socialisme est la fin de l'économie rationnelle. »
« The objection thus raised against socialism is completely sound, but it does not get to the heart of the matter. Were it possible in a socialist community to ascertain the output of the labor of every individual comrade with the same precision with which this is accomplished for each worker by means of economic calculation in the capitalist system, the practicability of socialism would not be dependent on the good will of every individual. Society would be in a position, at least within certain limits, to determine the share of the total output to be allotted to each worker on the basis of the extent of his contribution to production. What renders socialism impracticable is precisely the fact that calculation of this kind is impossible in a socialist society. » (Liberalism, 2.4. The Impracticability of Socialism)

Conclusion

Hayek montre qu'une économie étatisée ne peut allouer les ressources mieux qu'une économie capitaliste, la raison principale étant que l'information véhiculée par le système des prix en économie de marché est supérieure à tout ce qu'un planificateur serait capable d'obtenir.

En économie libérale, le prix est le résultat de la loi de l'offre et de la demande. C'est un prix qui tient compte de tous les aspects de l'évolution de l'économie.

En revanche, les calculs réalisés en régime socialiste, ne sont qu'idéologiques ou politiques et ne tiennent aucun compte de l'activité économique elle-même. Il en résulte que dans un tel régime les prix sont arbitraires. La conséquence sera tantôt la pénurie, tantôt le gaspillage.

Notes

  1. "Bortkiewicz se pencha aussi sur l'économie politique. Il examina la théorie marxienne des prix et des profits. Il montra l’inconsistance de cette théorie et modifia le schéma marxien de manière à le rendre possible. Schumpeter écrit : "By far [Bortkiewicz's] most important achievement is his analysis of the theoretical framework of the Marxian system, much the best thing ever written on it and, incidentally, on its other critics. A similar masterpiece is his paper on the theories of rent of Rodbertus and Marx." [1]. Sur Bortkiewicz, voir aussi : Michel Rosier, "De l’erreur de la rectification par Bortkiewicz d’une prétendue erreur de Marx"
  2. Caldwell 1997, p.6
  3. The Fortunes of Liberalism, p.139.
  4. Publié aussi dans IEO et "Socialism and War" (Collected Works, vol. 10)
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